Stoppé(e)s dans notre élan

Ceux qui me suivent sur les réseaux sociaux, vous allez sûrement vous dire que j’en fais une obsession mais ce n’est pas vrai : j’en n’ai toujours pas parlé sur ce blog!

Il y a un mois, le 1er juin, l’Assemblée Nationale a voté l’article 18 de la loi ELAN réduisant l’accessibilité des logements neufs de 100% à 10%… Je pense que nous avons été beaucoup à être assommés par cette réduction d’un gouvernement déclarant le handicap comme étant une priorité du quinquennat. Réduction allant carrément contre les conventions de l’ONU dont la France est signataire. Je pense que c’est la première fois de ma vie que je vois une loi établir une régression pour les handicapés. D’habitude c’est un progrès (avec plein de dérogations, mais un progrès quand même) ou juste pas de loi du tout.
Des voix se sont élevées, je ne peux que vous encourager à lire le témoignage de Sarah, je me suis reconnue dans quelques situations :

http://www.liberation.fr/debats/2018/06/13/ce-n-est-pas-mon-handicap-qui-me-fait-souffrir_1658540

et à visionner la vidéo d’Odile Maurin, présidente d’Handi-Social, répondant à la question « quand même 100% de logements accessibles, c’est pas un peu trop? »

 

Je ne vais pas répéter ces arguments mais juste donner deux exemples concrets que j’ai rencontrés ces derniers jours. Ces deux exemples montrent que le problème de l’accessibilité ne se résume pas seulement à notre propre logement.

Je cherchais un professionnel de santé exerçant en libéral. J’ai du en contacter une dizaine dont le cabinet se trouve dans un immeuble de logements.  « Non, je suis vraiment désolé(e), mais mon cabinet n’est pas accessible », « Non, nous avons un ascenseur mais il est vraiment minuscule, le fauteuil n’entrera jamais ». Même mon généraliste ne savait pas vers qui m’envoyer. Le rdv n’étant pas du tout vital, j’ai songé à abandonner. Puis un professionnel que j’avais contacté m’a conseillé un confrère exerçant dans un cabinet accessible. J’ai enfin pu obtenir un rdv, après de nombreux emails, de nombreux SMS. Le cabinet est à l’autre bout de la ville alors que mes premiers choix étaient bien plus près de chez moi. Certes, il y a une loi qui « oblige » les professions médicales à ouvrir les nouveaux cabinets dans un lieu accessible mais il y a de nombreuses dérogations. Et on peut imaginer qu’après cette loi ELAN, dont le but était de « rassurer » le milieu du bâtiment, une autre loi, un autre décret, d’autres dérogations surgiront pour faciliter l’installation de certains spécialistes par exemple.

Autre contexte, autre exemple. Ce week-end, un copain a déménagé. Il m’a dit « En plus au rez-de-chaussée!!!… Mais il y a 6 marches! Pas grave, au pire, on portera le fauteuil… » J’ai pas mal d’amis mais je ne peux pratiquement aller chez aucun d’entre eux. Alors oui, on fait d’autres choses, un resto, une soirée chez moi, un pique-nique… Et bien sûr ils font aussi des soirées chez eux auxquelles je ne peux pas aller…

La loi Elan, je trouve qu’elle porte magnifiquement bien son nom. Je l’imagine comme un obstacle tombant du ciel, et nous, nous devons freiner des 4 roues et nous stopper dans notre élan pour ne pas nous faire claquer une énième porte au nez…

La loi sera discutée à partir du 3 juillet au Sénat…

 

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